Le mot des Présidents

Depuis plus d’un siècle, on sait voir à travers le corps humain. Aujourd’hui, cela se fait sans risque et sans traumatisme grâce à des techniques nouvelles de prise de vue allant parfois jusqu'à transformer l'intérieur du corps humain en studio de télévision. Ainsi, l'image, autrefois complément ésotérique du diagnostic, s’est progressivement imposée comme un moyen essentiel, au même rang que les analyses, pour connaître l’état des patients et leur en faire prendre conscience.

Encouragé par leur qualité croissante, le public apprend donc à interpréter les images, à distinguer les zones du corps humain et les affections et disciplines de santé concernées. Grâce à cet apprentissage, les images médicales peuvent s’inviter dans tous les médias, au travers d’un nombre croissant d’émissions et feuilletons médicaux, de magazines papier ou Web ou encore dans les campagnes de prévention, celles-ci n’hésitant plus à utiliser des images suggestives, voire provocatrices.

Moins précise que l’écrit mais plus détaillée, plus globale et plus évocatrice, l’image n’est pourtant jamais neutre. Si elle a pour but de sensibiliser le public, elle peut changer sa perception de certaines maladies, sans même parler d’interprétations erronées. Utilisée dans la relation soignant-patient, elle risque de la réduire à une discussion sur un artefact, pour ne pas dire un avatar. Son choix, son utilisation, son mode de restitution sont donc des décisions lourdes de conséquences à moyen et long terme.

Quels sont les grands principes qui doivent guider le choix des images, quels sont les critères de qualité à respecter et afficher, quelles pourraient être les conséquences sur les relations entre les malades et leur médecin, quelle est la mesure du progrès général de ces nouvelles représentations pour la collectivité ? Voilà les grandes questions que nous voudrions aborder au cours de ce colloque réunissant les meilleurs connaisseurs du domaine.


Professeur Yvon Berland
Président de l’Université de la Méditerranée
Le cinquième élément

L’enfant sage des années cinquante était gratifié d’une image. Bénéfice de la vertu, celle-ci siégeait jusque dans les paquets de lessive ou de gâteaux, pour prix de la fidélité à la marque, au produit. Rare et donc chère, l’image, était récompense, reconnaissance, viatique pour un instant de bonheur. Elle ne nous parlait pas de nous mais du monde, passé ou présent, réel ou imaginaire, et sollicitait la curiosité, notre culture, une forme accomplie d’intelligence.

Tout juste un demi siècle plus tard, l’image est devenue un véritable cinquième élément, composant ultime de notre réalité après l’air, le feu, la terre et l’eau. Au temps du portable de la troisième ou de la quatrième génération, l’image est indissociable de chaque instant de la vie. Comme comptable ou comme témoin.

Tyrannique l’image ? Certes, puisque c’est à raison que l’on parle de son pouvoir ou de la bataille des images. L’image créatrice d’émotions peut être une arme de possession ou de destruction massives.

Mais l’image, dévoyée ici, volée là, qu’elle soit adorée ou haïe, reste un fabuleux moyen de découverte du monde et des êtres. Elle est ainsi devenue l’inséparable compagnon du chercheur, que sa quête le porte vers l’infiniment grand ou vers l’infiniment petit.

Le monde de la santé, plus que d’autres, en a fait un indispensable auxiliaire de travail. En médecine, l’image vaut un bras, une main, un œil de plus, et souvent les trois à la fois. Mais jamais un cerveau. Voie d’accès, aboutissement ou preuve par neuf d’une théorie ou d’une démarche, l’image est inerte. Et nous renvoie sans cesse à ces questions obsédantes: l’image que je lis en ce moment est-elle authentique et sincère ? Me parle-t-elle d’un monde fini ou d’un territoire en construction ? Voilà pourquoi nous pouvons chérir l’image car elle sollicite en permanence le génie humain.

Didier PILLET
Président du Groupe La Provence
AP-HM France Bleu Provence hôpital St Joseph IPC ASTRAZENECA